

Les livres photographiques d’Ed Ruscha, entre inventaire rigoureux et hallucination fulgurante, conservent le luxe subversif de l’attention à l’ère des images compulsives.
Ruscha vend neuf piscines et termine sur un verre cassé. Aujourd’hui, mille images par jour, et aucune ne casse plus rien.
Et si l’attention, ce luxe subversif, n’était qu’une posture de classe ? Qui a le temps de contempler trente-deux parkings quand d’autres comptent leurs heures de ménage ? Ruscha photographie les loisirs de l’Amérique, pas celles qui les nettoient. Je cherche ces femmes dans ces livres. Où sont-elles ? Derrière les piscines, peut-être. Ou dans l’angle mort. Ça fait désordre, une question pareille.
Le luxe subversif de l’attention ? Je ne vois rien. Trente-deux parkings en noir et blanc, ça ressemble à un classeur de notaire. Où sont les regards, les vies, les contradictions ? Une hallucination fulgurante, vraiment ? On dirait un inventaire pour assurance. Pour y croire, il manque le chaos, le corps, l’échec. Sinon, c’est du rangement.




